Il commence un puzzle, pose trois pièces, aperçoit ses petites voitures et les sort aussitôt. Quelques minutes plus tard, il abandonne les voitures pour aller chercher des cubes, puis un livre, avant de revenir finalement à son puzzle.
Pour certains parents, cette succession d’activités peut donner l’impression que leur enfant « ne sait pas se concentrer », qu’il « se lasse très vite » ou qu’il « ne termine jamais rien ». Pourtant, chez le jeune enfant, passer rapidement d’une activité à une autre est très souvent une manière normale d’explorer son environnement.
La capacité à rester concentré longtemps ne se construit pas en une seule fois. Elle évolue progressivement avec l’âge, les expériences, la maturité de l’enfant et son intérêt pour ce qu’il est en train de faire.
Un enfant qui change souvent de jeu n’est donc pas nécessairement un enfant qui manque d’attention. Il peut être en train d’expérimenter, de chercher ce qui lui plaît, de répondre à un besoin de mouvement ou simplement de suivre sa curiosité.
L’attention est une compétence qui se développe progressivement au cours de l’enfance.
Un tout-petit peut être captivé quelques instants par un objet, puis détourner son regard lorsqu'un autre élément attire son attention. Cette capacité à déplacer son attention fait partie de son développement.
Avec le temps, l’enfant apprend progressivement à maintenir son attention plus longtemps, à ignorer certaines distractions et à revenir à une activité après une interruption.
Il faut donc éviter de comparer sa capacité de concentration avec celle d’un adulte, mais aussi avec celle d’un enfant plus âgé. Les attentes doivent être adaptées à son niveau de développement.
La durée pendant laquelle un enfant reste engagé dans une activité dépend également énormément de ce qu’il fait. Une activité qui le passionne pourra retenir son attention beaucoup plus longtemps qu’une proposition qui ne correspond pas à ses intérêts du moment.
Pour un adulte, abandonner une activité après quelques minutes peut sembler synonyme d'échec.
Pour l'enfant, ce n'est pas forcément le cas.
Lorsqu'il prend quelques cubes, les empile puis les laisser pour aller chercher une voiture, i la peut-être déjà expérimenté ce qu'il voulait découvrir. Il a observé la forme des cubes, testé leur équilibre, construit une petite tour et décidé de passer à autre chose.
Le jeu du jeune enfant est avant tout une exploration. Il n'a pas nécessairement besoin d'aller au bout d'une activité selon nos critères d'adultes.
Un enfant peut ainsi faire quelques pièces d'un puzzle, feuilleter un livre pendant deux minutes, déplacer des objets ou commencer une construction sans avoir l'intention de la terminer.
Ce qui compte n'est pas toujours le résultat final, mais ce que l'enfant expérimente pendant le jeu.
Il est intéressant de regarder comment l’enfant change d’activité.
S’il explore différents jeux, manipule les objets, observe ce qui l’entoure, revient parfois à une activité et semble prendre du plaisir à jouer, ces changements ne sont pas forcément préoccupants.
Il peut simplement avoir besoin de bouger davantage ou être particulièrement curieux de son environnement.
À l’inverse, si l’enfant semble incapable de s’intéresser à quoi que ce soit, ne parvient jamais à rester engagé même très brièvement dans un jeu adapté à son âge, ou si cette difficulté s’accompagne d’autres changements dans son comportement ou son développement, il peut être intéressant d’en parler avec le professionnel qui suit l’enfant.
Ce n’est donc pas le nombre d’activités réalisées dans une journée qui permet, à lui seul, de juger de la qualité de son attention.
Tous les enfants n’ont pas le même tempérament.
Certains peuvent rester longtemps à observer, manipuler ou construire. D’autres ont besoin de bouger, de toucher plusieurs objets et de multiplier les expériences.
L’environnement joue également un rôle important. Une pièce remplie de jouets accessibles peut offrir une multitude de sollicitations visuelles et donner envie à l’enfant de passer rapidement de l’une à l’autre.
L’état de l’enfant compte aussi. La fatigue, la faim, une période de changement ou une émotion importante peuvent rendre son attention plus fluctuante.
Il peut également avoir besoin d’une activité plus adaptée à son niveau. Une proposition trop facile peut rapidement l’ennuyer, tandis qu’une activité trop difficile peut le décourager.
Chez le jeune enfant, mouvement et concentration ne sont pas opposés.
Un tout-petit découvre son environnement avec son corps. Il court, grimpe, transporte, pousse, tire, manipule et recommence. Ces expériences motrices participent pleinement à ses apprentissages.
Un enfant qui se lève régulièrement pendant un jeu peut donc simplement avoir besoin de mouvement avant de pouvoir revenir à une activité plus calme.
C’est notamment pour cette raison qu’il peut être intéressant d’alterner les expériences : une activité de manipulation, un temps de lecture, un jeu moteur, une exploration sensorielle ou un moment à l’extérieur.
Pas nécessairement.
Il peut être tentant de dire : « Tu as commencé ton puzzle, termine-le avant de prendre autre chose. » Pourtant, imposer systématiquement une activité jusqu’à son terme ne permet pas forcément de développer l’attention.
Il est souvent plus intéressant d’observer ce qui attire l’enfant et de lui laisser une certaine liberté dans son exploration.
S’il quitte une activité après quelques minutes, l’adulte peut simplement laisser le matériel disponible. Il arrive fréquemment que l’enfant y revienne spontanément plus tard.
Cette possibilité de revenir à une activité est particulièrement intéressante : elle permet à l’enfant de découvrir qu’un jeu peut se poursuivre, évoluer et être repris après une interruption.
Développer l’attention ne signifie pas demander à un enfant de rester assis longtemps devant une activité.
Au contraire, les situations du quotidien sont de formidables occasions de l’aider à exercer progressivement cette compétence.
Lire une histoire ensemble, cuisiner, observer un insecte pendant une promenade, transvaser de l’eau, construire une tour ou chercher un objet dans une pièce sont autant de situations qui sollicitent l’attention.
L’adulte peut également accompagner l’enfant en mettant des mots sur ce qu’il fait : « Tu essaies de mettre cette pièce ici », « Ta tour tombe, tu recommences », « Tu cherches la voiture rouge ».
Ces commentaires permettent de soutenir l’attention sans transformer le jeu en exercice.
Parfois, oui, mais sans chercher à créer un environnement totalement dépouillé.
Lorsque de nombreux jouets sont accessibles simultanément, l’enfant peut être davantage sollicité et avoir envie de passer de l’un à l’autre.
Proposer moins de jeux à la fois peut permettre de rendre l’environnement plus lisible. Quelques livres, des cubes, du matériel de dessin ou des objets de manipulation peuvent suffire à créer de nombreuses possibilités de jeu.
Il peut également être intéressant de faire tourner régulièrement certains jouets plutôt que de tout laisser disponible en permanence.
L’objectif n’est pas d’empêcher l’enfant de changer d’activité, mais de lui offrir un environnement dans lequel il peut plus facilement approfondir son exploration.
Le jeu libre laisse à l’enfant la possibilité de choisir ce qu’il souhaite faire, selon ses envies, ses besoins et son niveau de développement.
Cette liberté est particulièrement importante chez les jeunes enfants. Elle leur permet de tester, recommencer, abandonner, observer et revenir à une expérience.
Un enfant peut ainsi commencer par manipuler des animaux, inventer une histoire, les placer dans une boîte, aller chercher une voiture puis revenir aux animaux. Pour un adulte, le jeu peut sembler décousu. Pour l’enfant, il existe souvent une continuité dans ses découvertes.
L’adulte peut rester disponible, observer et intervenir lorsque l’enfant le sollicite, sans chercher à diriger systématiquement son activité.
Les écrans peuvent attirer fortement l’attention des jeunes enfants grâce à leurs images, leurs sons et leurs changements rapides. Mais cette attention très sollicitée n’est pas comparable à celle mobilisée lorsqu’un enfant construit, dessine, regarde un livre ou joue avec d’autres.
Les recommandations françaises invitent notamment à éviter les écrans avant 3 ans et à privilégier les interactions et les activités adaptées au développement de l’enfant.
L’objectif n’est pas de culpabiliser les familles, mais de préserver des moments où l’enfant peut explorer son environnement sans être constamment sollicité par des images et des changements rapides.
Changer régulièrement d’activité est généralement normal chez un jeune enfant. Ce comportement devient davantage intéressant à observer lorsqu’il s’inscrit dans un ensemble de difficultés.
Si l’enfant semble avoir énormément de difficultés à se concentrer dans toutes les situations, y compris lors d’activités qu’il apprécie, s’il ne parvient jamais à rester engagé dans un jeu adapté à son âge ou si des difficultés importantes sont également observées dans les interactions, le langage, le sommeil ou la vie quotidienne, il peut être utile d’en parler à un professionnel.
Il faut également tenir compte de l’âge de l’enfant et de l’évolution du comportement. Une période temporaire pendant laquelle il est particulièrement dispersé n’a pas la même signification qu’une difficulté persistante qui gêne son quotidien.
Le médecin qui suit l’enfant pourra écouter les observations des parents et, si nécessaire, proposer une évaluation plus approfondie.
Il est important de ne pas tirer de conclusion à partir d’un seul comportement. Un enfant qui change souvent de jeu n’a pas nécessairement un problème d’attention.
C’est parfois l’inverse qui surprend les parents : certains enfants semblent passer leur temps à refaire exactement la même chose.
Là encore, la répétition a une fonction importante dans les apprentissages. Un enfant peut construire puis détruire une tour des dizaines de fois, remplir et vider un récipient, faire rouler une voiture encore et encore ou demander la même histoire chaque soir.
Cette répétition lui permet d’expérimenter, de prévoir le résultat et d'affiner progressivement ses compétences.
Ainsi, qu’il change souvent d’activité ou qu’il répète inlassablement la même expérience, l’enfant est avant tout en train d’apprendre.
Au fur et à mesure qu’il grandit, l’enfant développe progressivement sa capacité à faire des choix.
Choisir un livre, prendre des cubes plutôt que des voitures, décider de sortir ou de poursuivre une construction : ces petites décisions participent à son autonomie.
Le rôle de l’adulte n’est donc pas forcément de maintenir l’enfant dans une activité le plus longtemps possible. Il peut plutôt créer un environnement sécurisant, proposer des expériences variées et laisser suffisamment de liberté pour que l’enfant puisse explorer.
La concentration ne se construit pas uniquement dans l'immobilité. Elle peut aussi naître du plaisir de découvrir quelque chose qui intéresse réellement l’enfant.
Si votre enfant passe rapidement d’un jeu à l’autre, inutile de regarder immédiatement ce comportement comme un signe de manque de concentration.
Chez le jeune enfant, la curiosité est intense, l’attention est encore en construction et le besoin de mouvement est important. Changer d’activité peut simplement signifier qu’il explore son environnement, qu’il recherche une nouvelle expérience ou qu’il a terminé ce qu’il souhaitait découvrir.
Pour l’aider à développer progressivement son attention, le plus important est de lui offrir des occasions de jouer, manipuler, bouger, observer et échanger, dans un environnement adapté à son âge.
Et surtout, n’oublions pas que jouer quelques minutes, changer d’activité, revenir plus tard et recommencer font aussi partie des apprentissages.