« Il comprend absolument tout ce qu’on lui dit, mais il ne parle presque pas. » Cette phrase, de nombreux parents la prononcent lorsqu’ils commencent à se questionner sur le développement du langage de leur enfant. Certains enfants semblent très à l’aise pour comprendre une consigne, reconnaître les objets, montrer ce qu’ils veulent ou se faire comprendre avec des gestes, tout en utilisant encore très peu de mots.
Faut-il pour autant parler de retard de langage ? Pas nécessairement. Le développement du langage varie beaucoup d’un enfant à l’autre et les acquisitions ne surviennent pas exactement au même âge pour tous. Mais lorsque l’expression orale semble nettement en retrait par rapport à ce qui est attendu pour l’âge, mieux vaut ne pas rester seul avec ses interrogations.
La compréhension et l’expression sont en effet deux dimensions différentes du langage. Un enfant peut avoir une bonne compréhension tout en rencontrant davantage de difficultés pour trouver ses mots, construire des phrases ou oser prendre la parole. Cette situation mérite d’être observée dans son ensemble, en tenant compte également de la manière dont l’enfant communique avec son entourage.
Le langage ne se résume pas aux mots prononcés. Pour communiquer, un jeune enfant peut utiliser son regard, ses gestes, ses expressions du visage, le pointage, les sons ou encore les mimiques. Il peut parfaitement montrer qu’il comprend une situation sans être capable de la verbaliser.
La compréhension du langage se développe généralement avant la capacité à s’exprimer oralement. Un enfant peut ainsi comprendre une consigne simple, reconnaître plusieurs personnes ou objets familiers, anticiper une routine ou réagir à une question alors que son vocabulaire reste encore limité.
Cette différence entre compréhension et expression explique pourquoi certains parents ont l’impression que leur enfant « sait tout mais ne dit rien ». Ce décalage peut parfois être temporaire et se réduire progressivement au fil des mois.
Il ne faut toutefois pas considérer la bonne compréhension comme une garantie que tout va bien. Le développement du langage s'observe dans sa globalité : les mots utilisés, les gestes, les interactions, le jeu, le regard, l'imitation et la progression au fil du temps sont autant d'éléments à prendre en compte.
Il n’existe pas une date précise à laquelle tous les enfants doivent prononcer leurs premiers mots. Les acquisitions suivent une progression, mais avec des variations individuelles importantes.
Au cours de la deuxième année, le vocabulaire commence généralement à s'enrichir. Entre 18 et 24 mois, l'enfant utilise progressivement davantage de mots et commence à les associer. Vers 2 ans, les premières petites phrases apparaissent et deviennent progressivement plus complexes. Vers 3 ans, les phrases s'allongent et l'enfant commence notamment à construire des phrases comprenant plusieurs éléments.
L'important n'est donc pas uniquement de compter les mots prononcés à un instant donné. Il faut aussi regarder si le langage progresse. Un enfant qui utilise régulièrement de nouveaux mots, cherche à communiquer et fait des progrès au fil des semaines n'est pas dans la même situation qu'un enfant dont le langage stagne.
Certains repères peuvent aider les parents à savoir quand demander un avis professionnel.
À 18 mois, l'absence de mots ou de tentative pour communiquer doit attirer l'attention. L'absence de babillage, de pointage ou de gestes destinés à communiquer constitue également un élément à observer.
Entre 2 et 3 ans, plusieurs éléments peuvent conduire à consulter : un vocabulaire très limité, l'absence d'association de deux mots ou des difficultés à comprendre des consignes simples. Selon l'Assurance Maladie, l'absence d'environ 50 mots de vocabulaire entre 2 et 3 ans constitue notamment un repère nécessitant une attention particulière.
À 3 ans, l'enfant commence normalement à produire des phrases plus structurées. L'absence de phrases constituées ou le fait d'être compris uniquement par son entourage peuvent justifier une évaluation.
Ces repères ne constituent pas un diagnostic. Ils servent avant tout à identifier une situation qui mérite d'être observée ou évaluée.
C'est précisément cette situation qui peut être difficile à interpréter pour les parents.
Une bonne compréhension associée à une communication non verbale riche peut parfois correspondre à un décalage dans l'expression orale. Certains enfants prennent davantage de temps avant de se lancer dans la parole, puis enrichissent rapidement leur vocabulaire.
Mais il est important de regarder comment l'enfant communique.
Est-ce qu'il cherche le regard de l'adulte ? Est-ce qu'il pointe du doigt pour montrer quelque chose ? Est-ce qu'il apporte un objet pour demander de l'aide ? Est-ce qu'il imite les gestes et les sons ? Est-ce qu'il cherche à partager une découverte ou une émotion ? Est-ce qu'il joue avec les autres et participe à des échanges ?
Ces comportements permettent de mieux comprendre les compétences de communication de l'enfant au-delà du nombre de mots qu'il prononce.
À l'inverse, une absence ou une diminution des initiatives de communication, des difficultés à partager l'attention avec l'adulte, une absence de pointage ou une régression du langage doivent conduire à demander rapidement un avis professionnel.
Lorsqu'un enfant parle peu, l'audition fait partie des éléments qui doivent être vérifiés.
Un enfant peut entendre certains sons mais avoir une audition insuffisante pour percevoir correctement toutes les nuances de la parole. Des problèmes auditifs, notamment lorsqu'ils sont liés à des épisodes ORL répétés, peuvent avoir des conséquences sur l'acquisition du langage.
Une baisse de l'audition peut parfois passer inaperçue : l'enfant réagit à certains bruits, mais semble moins attentif lorsque l'on parle ou ne comprend pas toujours les paroles dans certaines situations.
En cas de doute, le médecin peut donc proposer une évaluation auditive et, si nécessaire, orienter vers un médecin ORL.
Il n'est pas nécessaire d'attendre que la situation devienne très préoccupante pour en parler.
Le premier interlocuteur peut être le médecin qui suit l'enfant, qu'il s'agisse du pédiatre ou du médecin généraliste. La PMI peut également être sollicitée pour les jeunes enfants.
Le professionnel pourra prendre en compte l'âge de l'enfant, son histoire, son développement général, sa compréhension, sa manière de communiquer et l'évolution de son langage. Il pourra également rechercher une éventuelle difficulté auditive et orienter, si nécessaire, vers un orthophoniste ou un autre professionnel adapté.
L'intérêt d'une consultation précoce n'est pas de mettre une étiquette sur l'enfant. Il s'agit plutôt de comprendre ce qui peut expliquer ses difficultés et de lui proposer, lorsque cela est nécessaire, un accompagnement adapté.
Le quotidien offre énormément d'occasions de faire vivre le langage sans transformer les moments partagés en exercices.
Parler avec son enfant pendant les activités ordinaires est déjà une stimulation importante. Au moment du repas, du bain, de l'habillage ou d'une promenade, l'adulte peut mettre des mots sur ce que l'enfant voit, entend ou ressent : « Tu mets ta chaussure », « Le chien court », « L'eau est chaude », « Tu veux encore de la banane ? ».
Les livres sont également de précieux supports. Il n'est pas nécessaire de lire une histoire entière à chaque fois. Observer une image, nommer un personnage, attendre la réaction de l'enfant ou lui demander de montrer un objet permet déjà de créer un échange.
Les comptines, les chansons et les jeux de doigts peuvent également encourager l'enfant à écouter les sons et à participer progressivement. Les jeux symboliques, comme faire semblant de donner à manger à une poupée ou préparer un repas imaginaire, permettent eux aussi de multiplier les occasions d'échanger.
Surtout, il est préférable de ne pas mettre l'enfant sous pression. Lorsqu'il prononce un mot de manière approximative, l'adulte peut simplement lui donner le modèle correct sans lui demander systématiquement de répéter. L'objectif est de maintenir le plaisir de communiquer.
Lorsque les parents s'inquiètent, ils peuvent naturellement avoir tendance à demander : « Dis papa », « Dis encore », « Comment ça s'appelle ? ».
Pourtant, multiplier les demandes de répétition peut transformer les échanges en petits tests et rendre la communication moins spontanée.
Il est généralement plus intéressant de modéliser le langage. Si l'enfant montre une voiture et dit « voiture », l'adulte peut répondre « Oui, une grande voiture rouge ! ». S'il demande « eau », on peut simplement reformuler : « Tu veux de l'eau ».
L'enfant entend ainsi des phrases légèrement plus riches sans avoir l'impression d'être interrogé.
L'Assurance Maladie recommande d'ailleurs de ne pas obliger l'enfant à répéter lorsqu'il prononce mal un mot, mais plutôt de lui fournir naturellement la forme correcte.
Le temps passé devant les écrans ne remplace pas les interactions réelles dont le jeune enfant a besoin pour développer son langage. Pour apprendre à communiquer, l'enfant a besoin d'entendre une personne lui parler, d'observer ses expressions, de répondre, d'attendre son tour et de partager son attention.
L'Assurance Maladie recommande d'éviter la télévision et les écrans non interactifs avant 3 ans et rappelle l'importance des échanges directs dans l'acquisition du langage.
L'objectif n'est pas de culpabiliser les parents, mais de préserver au quotidien des moments sans écran pendant lesquels l'enfant peut réellement échanger avec les adultes et les autres enfants.
Un enfant qui parle moins que les autres ne présente pas nécessairement un trouble du développement.
Certains enfants ont simplement un rythme d'acquisition différent. D'autres peuvent avoir davantage de difficultés à produire les mots alors que leur compréhension et leurs capacités de communication sont bien présentes.
Le point essentiel reste l'évolution dans le temps. Le langage doit progressivement s'enrichir. Une stagnation prolongée ou une régression, c'est-à-dire la perte de mots ou de compétences auparavant acquises, mérite en revanche une attention particulière.
Il faut également garder à l'esprit que les causes possibles d'un retard de langage sont nombreuses. Une difficulté d'audition, un trouble du langage ou d'autres particularités du développement peuvent notamment être recherchés par les professionnels. Les signes observés ne permettent donc pas, à eux seuls, de poser un diagnostic.
Un enfant qui comprend beaucoup de choses mais parle peu peut simplement avoir besoin de davantage de temps pour développer son expression orale. La comparaison avec les autres enfants est rarement suffisante pour déterminer si une consultation est nécessaire.
En revanche, lorsque le langage semble très en retard pour l'âge, lorsqu'il ne progresse plus, lorsque l'enfant ne cherche pas à communiquer ou lorsqu'une régression apparaît, mieux vaut en parler sans attendre au professionnel qui suit l'enfant.
Consulter ne signifie pas forcément qu'un problème important a été identifié. C'est avant tout une manière de faire le point, de rassurer les parents lorsque le développement est harmonieux et de proposer rapidement un accompagnement lorsque l'enfant en a besoin.
Et au quotidien, le plus précieux reste souvent très simple : parler, écouter, regarder des livres, chanter, jouer et laisser à l'enfant le temps de répondre.